Sunday, November 13, 2005

France 1953


Il y déclara qu’il refusait de partager la satisfaction de la presse bourgeoise à l'idée qu’un crime stalinien compensait l'exécution, la même semaine, des Rosenberg aux États-Unis. «Mais si je crois impossible, dit-il encore, que les émeutes de Berlin fassent oublier les Rosenberg, il me semble bien plus affreux que des hommes qui se disent de gauche puissent essayer de dissimuler dans l'ombre des Rosenberg les fusillés allemands. » Il considérait les émeutes de Berlin comme l'événement le plus grave survenu depuis la libération de la France et il réclamait, avec les organisateurs du meeting, qu'une соmmission syndicale internationale d'enquête fût envoyée en Allemagne de l'Еst.

Le 14 juillet à Paris, au cours d'une manifestation organisée рlace de la Nation par les partisans du Mouvement pour le triomphe de libertés démocratiques (l'organisation de Messali), la police interrompit un défilé d'ouvriers musulmans portant des banderoles réclamant la libération de Messali Hadj (alors incarcéré quelque part dans le sud-ouest de la France). Les bagarres firent sept morts et quarante-quatre blessés du côté des musulmans, et quatre-vingt-deux Ыessés parmi les policiers. Une fois de plus Camus écrivit une lettre à «Monsieur le directeur », cette fois celui du journal le Monde, pour protester contre l'ouverture d'une information contre X pour violences à agents, alors qu'en vérité la violence avait été dirigée contre les Nord-Africains, dans « un racisme qui n'ose pas dire son nom». Il réclamait une enquête pour déterminer qui avait ordonné aux forces de police d'ouvrir le feu et qui, au sein du gouvernement, poursuivait alors «cette très ancienne conspiration du silence et de cruauté qui déracine les travailleurs algériens, les fait vivre misérablement dans des taudis et les désespère jusqu'à la violence pour les tuer à l'occasion». Cette exhortation n'allait pas être écoutée, non plus qu'aucun autre appel en faveur des Algériens musulmans en France métropolitaine où en Afrique du Nord et, en l'espace d'un an, l'escalade des tensions allait déboucher sur l'insurrection armée.

--Herbert R. Lottman, Albert Camus, tr. Marianne Véron
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