Monday, November 28, 2005

The Spitting-Cell

Croyez-moi, les religions se trompent dès l'instant qu'elles font de la morale et qu'elles fulminent des commandements. Dieu n'est pas nécessaire pour créer la culpabilité, ni punir. Nos semblables y suffisent, aidés par nous-mêmes. Vous parliez du jugement dernier. Permettez-moi d'en rire respectueusement. Je l'attends de pieds ferme: j'ai connu ce qu'il y a de pire, qui est le jugement des hommes. Pour eux, pas de circonstances atténuantes, même la bonne intention est imputée à crime. Avec au moins entendu parler de la cellule des crachats qu’un peuple imagina récemment pour prouver qu'il était le plus grand de la terre ? Une boîte maçonnée où le prisonnier se tient debout, mais ne peut pas bouger. La solide porte qui le boucle dans sa coquille de ciment s'arrête à hauteur de menton. On ne voit donc que son visage sur lequel chaque gardien qui passe crache abondamment. Le prisonnier, coincé dans la cellule, ne peut s'essuyer, bien qu'il lui soit permis, il est vrai, de fermer les yeux. Eh bien, ça, mon cher, c'est une invention d'hommes. Ils n'ont pas eu besoin de Dieu pour ce petit chef-d'oeuvre.

Alors? Alors, la seule utilité de Dieu serait de garantir l'innocence et je verrais plutôt la religion comme grande entreprise de blanchissage, ce qu'elle a été d ‘ailleurs, mais brièvement, pendant trois ans tout juste et elle ne s'appelait pas religion. Depuis, le savon manqué, nous avons le nez sale et nous nous mouchons mutuellement. Tous cancres, tous punis, crachons-nous dessus, et hop! au malconfort! C'est à qui crachera le premier, voilà tout. Je vais vous dire un grand secret, mon cher. N'attendez pas le jugement dernier. Il a lieu tous les jours.

Believe me, religions are on the wrong track the moment they moralize and fulminate commandments. God is not needed to create guilt or to punish. Our fellow men suffice, aided by ourselves. You were speaking of the Last Judgment. Allow me to laugh respectfully. I shall wait for it resolutely, for I have known what is worse, the judgment of men. For them, no extenuating circumstances; even the good intention is ascribed to crime. Have you at least heard of the spitting-cell, which a nation recently thought up to prove itself the greatest on earth? A walled-up box in which the prisoner can stand without moving. The solid door that locks him in the cement shell stops at chin level. Hence only his face is visible, and every passing jailer spits copiously on it. The prisoner, wedged into his cell, cannot wipe his face, though he is allowed, it is true, to close his eyes. Well, that, mon cher, is a human invention. They don't need God for that little masterpiece.

What of it? Well, God's sole usefulness would be to guarantee innocence, and I am inclined to see religion rather as a huge laundering venture - as it was once but briefly, for exactly three years, and it wasn't called religion. Since then, soap has been lacking, our faces are dirty, and we wipe one another's noses. All dunces, all punished, let's all spit on one another and - hurry! to the little-ease! Each tries to spit first, that's all. I'll tell you a big secret, mon cher. Don't wait for the Last Judgment. It takes place every day.
Jean-Baptiste Clamence, in La Chute, by Albert Camus (1956)
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